_la_machine_infernale de Jean Cocteau

 

Auteur : Jean Cocteau (1889-1963) - Genre : théâtre tragi-comique. 

Repérage historique et culturel :

Pièce représentée pour la première fois au théâtre Louis-Jouvet (Comédie des Champs-Elysées) le 10 avril 1934, avec les décors et les costumes de Christian Bérard, avec Marthe Régnier (Jocaste), Jean-Pierre Aumont (Oedipe), Lucienne Bogaert (le Sphinx).

02 août 1934 : Décès du président allemand Hindenburg. Hitler prend les pleins pouvoirs.

15 octobre 1934 : Décès de Raymond Poincaré, homme politique.

10 décembre 1934 : L'Italien Luigi Pirandello devient prix Nobel de littérature pour "Six personnages en quête d'auteur".

RésuméLa machine infernale, quatre actes : seul le dernier étant une vraie réécriture du dernier acte de Oedipe mais par le biais de personnages créés par Cocteau. Chacun de ces quatre actes est introduit par La Voix qui nous décrit par avance ce que nous allons découvrir sous nos yeux. 

Précédant le premier acte, Le fantôme, La Voix résume aux spectateurs l’enfance d’Oedipe, son abandon, son adoption et jusqu’à la prophétie qu’il apprend d’un oracle avant de fuir Corinthe pour Thèbes afin d’empêcher sa réalisation (pages 33-35).

Précédant le deuxième acte, La rencontre d’Oedipe et du Sphinx, La Voix demande aux spectateurs de se projeter en arrière au moment où commençait la scène qu’ils viennent de vivre et de voir comment se déroulait, pendant ce temps-là, la rencontre entre Oedipe et le Sphinx (page 71).

Précédant le troisième acte, La nuit de noces, La Voix nous narre le mariage royal, la liesse populaire qui s’ensuivit avant que chacun rentre chez soi et que le couple ne se retrouve enfin seuls, ignorants des liens les unissant auparavant, inconscients du piège où ils tombent (page 109).

Précédant le quatrième acte, Odipe Roi, La Voix dit aux spectateurs que la scène se situe dix-sept ans après la précédente. Elle nous apprend la grande peste de Thèbes et qu’il est temps pour Oedipe, de connaître le prix de la malchance à verser aux dieux, à la hauteur des bonheurs amassés (page 141).

Acte I - l’histoire démarre comme dans Hamlet de shakespeare. Le fantôme du roi Laïus est apparu à deux soldats en faction. Il leur a demandé d’alerter sa femme Jocaste et l’oracle Tirésias, mais sans parvenir à leur dire de quel danger il voulait les prévenir. Le plus jeune des soldats a écrit à sa hiérarchie, rendant compte de cette rencontre incroyable. Si leurs supérieurs n’accordent pas crédit à cette histoire, la reine Jocaste vient les interroger en personne, suivie d’un Tirésias plutôt incrédule. Le spectre de Laïus tente d’interpeller directement son épouse ou l’oracle, mais ni eux ni les soldats cette fois-ci ne le voit. Des anachronismes apparaissent ; les militaires parlent de leurs congénères partis faire la fête en boîte de nuit, leur supérieur leur parle du service, de voie hirarchique ; ces références apportent un aspect irréaliste, intemporel, au récit, à l’image d’un mythe.

Acte II - Nous entendons une sonnerie et découvrons la Sphinx et le chacal Anubis ; La jeune fille Sphinx écoeurée de donner la mort, aspire à l’amour. Anubis lui fait observer que “nous ne sommes pas libres... Les dieux possèdent leurs dieux”, il y a une hiérarchie parmi les dieux, elle doit s’y plier et tuer avant que n’aient résonné trois sonneries ou mourir elle-même. Arrive une matrone et ses deux enfants. Anubis se cache. Inconsciente du danger, elle raconte à la jeune fille que son fils aîné de dix-neuf ans a été tué par la Sphinx, que ces trois autres fils n’y croient pas. Lorsqu’elle part, aveugle, non seulement elle rabroue son fils de sept ans (plus clairvoyant) qui lui demande si “la dame est le Sphinx” mais elle ose qualifier de “fléau” le Sphinx. Tandis que la femme part, la seconde sonnerie retentit. Oedipe arrive. Anubis se cache. La jeune fille Sphinx tombe sous le charme. Les jeunes gens conversent, la jeune fille se dévoile et donne la réponse de l’énigme à Oedipe afin de lui sauver la vie. Elle espérait s’en faire aimer mais celui-ci lui demande la dépouille du Sphinx afin de prouver à tous qu’il a terrassé le monstre et que la main de Jocaste la reine de Thèbes lui revient. Némésis s’exécute. Odipe s’en va. L’amoureuse déchue voudrait se venger mais Anubis lui apprend que déjà la vengeance est en cours, qu’Oedipe est un fléau lui aussi, qu’il a tué son père, qu’il s’en va épouser sa mère et qu’il finira par apprendre l’horreur de ses actes.

Acte III - Oedipe et son épouse Jocaste sont réunis dans leur chambre pour leur nuit de noces. Le dialogue entre eux se révèle parfois éloigné de celui entre deux époux, davantage tendre et filial, avec nombre de lapsus, surnoms ou gestes équivoques. Tirésias aura une entrevue avec Oedipe où il tâchera de lui faire entrevoir l’horreur des liens l’unissant à la reine sans toutefois les lui avouer. Suite à cette discussion pleine de non-dits, Oedipe et Jocaste vivront une nuit cauchemardesque où leur inconscient tentera de les avertir du danger. Mais leur conscience demeurera aveugle à toute évidence. Il faudra le douloureux acte IV pour qu’enfin les époux maudits acceptent l’effroyable vérité. Un messager de Corinthe expose les faits à Oedipe, devant Tirésias et Créon, sous la fenêtre de Jocaste. Celle-ci ne le supporte pas et se suicide ; Oedipe la rejoint trop tard, il se rend aveugle et par en exil loin de Thèbes, appuyé sur l’épaule de sa fille, Antigone.

Buts de Jean Cocteau : Désacralisation de l’Antiquité (LaÎus au lieu de Laïos) : discours auquel on n’accorde qu’une attention distraite. Intemporalité d’Oedipe (clins d’oeil contemporains, le surnaturel, l’espace du visible et de l’invisible, du temps et de l’éternité). Thèses freudiennes : rapport incestueux, langage des rêves. 

Personnages :

– La Voix

– Le fantôme de Laïus

– Jeune soldat

– Soldat plus âgé

– Jocaste, femme d’Oedipe et soeur de Créon,

– Tirésias, devin aveugle,

– Anubis, à la tête de chacal, dieu d’Egypte,

– La jeune fille Sphinx, Némésis, déesse grecque de la vengeance,

– La matrone, son petit garçon et sa petite fille,

– Oedipe, le roi de Thèbes

– Créon, son beau-frère,

– Le messager de Corinthe

– Antigone

 Auteurs contemporains : Colette (1873-1954) (Le fanal bleu) ; Max Jacob (1876-1944) (Le cornet à dés) ;

Extraits du livre :

Acte I : “C’est affreux, elle me tuera” (page 51)(Jocaste maudissant l’écharpe avec laquelle elle va se pendre)

Acte II : “Obéissons. Le mystère a ses mystères. Les dieux possèdent leurs dieux. Nous avons les nôtres. Ils ont les leurs. C’est ce qui s’appelle l’infini” (page 76) (Anubis au Sphinx)

Acte III : “Non, pas cette pâte, pas cette pâte immonde...” (page 112), (rêve de Jocaste reprenant un autre rêve dont le récit a été fait à Tirésias, véritable cauchemar de viol page 52)

Acte IV : “J’ai tué celui qu’il ne fallait pas. J’ai épousé celle qu’il ne fallait pas. J’ai perpétué ce qu’il ne fallait pas. Lumière est faite” (page 151) (Oedipe après que le berger lui ait appris ses origines)

Ouvrages traitant de La machine infernale : QCM sur la pièce en 20 questions